Je viens d’arriver Istanbul et les questions fusent déjà dans ma tête : Pourquoi la livre turque s’effondre ? Et pourquoi il y a autant de chats à Istanbul ? Puis, pourquoi l’œil bleu « grec » est partout ? Et enfin, pourquoi les Turcs boivent autant de thé ? Je voulais des cafés à la Turc moi… Bref, plein de questions que je me pose au fur et à mesure que je découvre la ville et la culture.

J’arrive souvent à trouver la raison, soit en demandant directement, soit en cherchant sur Internet. Mais la plupart du temps, ce sont des questions un peu techniques ou auxquelles je n’avais jamais vraiment réfléchis. Puisque j’avais envie de conserver une trace écrite de mes recherches (un peu comme je l’avais fait pour la Corée), mais certaines explications sont vraiment courtes, je ne me voyais pas écrire un article entier dessus. Voici donc un condensé des questions et explications que je me suis posé en Turquie. Bonne lecture !

Pourquoi la livre turque s’effondre ? (l’hyper-inflation en Turquie)

Quand je me suis posé pour écrire mon guide sur Istanbul, j’ai replongé dans les prix et les taux de change. Lorsque je suis passé à Istanbul en Mai 2023, le taux était d’environ 1€ pour 22 livres Turques. Et en refaisant les calculs, je découvre qu’en Septembre, le taux est maintenant passé à 1€ pour 29 livres Turques. En 6 mois, la livre a donc perdu près d’un tier de sa valeur. Et le pire, c’est qu’un pote me disait que le taux était de 1€ pour 16 livres en 2019. On est clairement dans une période d’hyper-inflation en Turquie, mais quelle est la raison de cette perte de valeur de la livre turque ?

EDIT : En 2026, nous sommes maintenant à 1€ pour 56 livres Turques.

Si vous voulez en savoir plus :

Pourquoi il y a autant de chats à Istanbul ?

Impossible de marcher 10 mètres à Istanbul sans croiser un chat, endormi sur le capot d’une voiture, posté devant une mosquée, ou en train de quémander sous une table de restaurant. Ce n’est pas une impression : la municipalité en recense plus de 160 000 dans les rues, et les Stambouliotes les traitent moins comme des animaux errants que comme des habitants à part entière du quartier, nourris (parfois avec excès) par tout le monde.

Image par Ilknurcan, via Pixabay.
Photo de Tamerlan Mammadov

L’origine remonte à plusieurs siècles. À l’arrivée des Ottomans en 1453, les chats grouillaient déjà autour des poissonneries et boucheries de Constantinople, et leur talent à chasser les rongeurs en faisait des alliés précieux, pas juste des animaux de compagnie. S’ajoute à ça une tradition religieuse forte : le prophète Mahomet vouait une grande affection aux chats (l’anecdote la plus connue le montre déchirant la manche de sa tunique plutôt que de réveiller un chat endormi dessus). Un dicton populaire turc résume bien l’ambiance : « Si vous avez tué un chat, il vous faut construire une mosquée pour être pardonné par Dieu. »

Bref, ils sont mimis, mais ils vivent dans la rue, donc on évite de les caresser (sauf si vous aimez les puces).

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Photo de Michael Fischer

Pourquoi il y a « l’oeil bleu » grec partout à Istanbul ? (« Nazar boncuk / boncuğu »)

Parce qu’il n’est pas grec. Enfin, pas QUE grec.

Je pensais comme toi que c’était un symbole grec, si bien qu’on l’appelle souvent « l’œil grec » et les Grecs ont bien le leur (le « mati »). Mais en fouillant un peu, la version bleue en verre qu’on voit à chaque coin de rue à Istanbul, elle a été inventée en Turquie, fin du 19e siècle, par des verriers d’Izmir, la 3e ville de Turquie. Et l’amulette n’est arrivée en Grèce qu’après la guerre d’indépendance grecque contre les Ottomans (1821-1829). Donc littéralement après avoir été turque pendant des décennies.

Photo de Filiz Elaerts

Au passage, son nom Turc c’est « Nazar boncuğu », qui veut dire…. amulette « mauvais oeil ». Et elle fait exactement ce qu’elle dit. C’est une amulette qui te protège du « mauvais oeil ». Et ce concept, vieux comme le monde, entretient la confusion sur son origine. On retrouve des perles de protection similaires depuis l’Antiquité un peu partout : Mésopotamie, Égypte, Grèce antique, Perse. Donc « l’œil bleu grec », c’est en fait un objet turc, basé sur une croyance qui appartient à personne en particulier.

PS : Et le nom grec de « l’oeil bleu » c’est « matiasma » ou « mati »

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Pourquoi les Turcs boivent autant de thé (et pas de café) ?

Je rêvais de mon premier café turc en arrivant. LA boisson mythique, épaisse, servie dans sa petite tasse, un vrai rite de passage je me disais.

Sauf qu’en arrivant, tout le monde buvait du thé autour de moi. Partout. Du matin au soir, dans le petit verre en forme de tulipe, posé sur une soucoupe avec deux sucres à côté. Le café turc existe toujours hein, on te le sert pour les grandes occasions ou pour lire l’avenir dans le marc, mais au quotidien c’est clairement le thé qui gagne. La Turquie est le pays qui en boit le plus au monde par habitant, devant la Chine (si Internet ne me l’avait pas dit, je ne l’aurai pas cru…) et le Royaume-Uni, rien que ça.

Et c’est pas culturel depuis toujours, c’est même assez récent. Jusqu’au début du 20e siècle le café était la boisson de référence. Puis après la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire ottoman, la Turquie perd les régions où poussait le café, qui devient hors de prix. Du coup Atatürk (le fondateur et premier président de la République turque) pousse la culture du thé sur la côte de la mer Noire pour ne plus en dépendre : première récolte en 1938 à Rize, qui est toujours le centre de la production aujourd’hui. Résultat, le café turc reste connu dans le monde entier, mais chez lui il s’est fait discrètement voler la vedette.

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