Je m’appelle Erwan, j’ai 22 ans et je vis la crise coronavirus depuis Shanghai.

Le développement du coronavirus

Comme l’a très bien expliqué Morgane, tout a commencé le 20 janvier. A ce moment, je suis en Corée, profitant du Nouvel An chinois pour visiter Séoul.

C’est alors qu’Alexandre, notre numéro 1 sur l’info, nous partage un article sur un mystérieux virus. Il est très rapidement comparé au SRAS, un virus assez virulent qui avait frappé la Chine en 2003. Cette nouvelle maladie se manifeste par une forte toux, de la fièvre et des douleurs respiratoires. Supposément transmis par les particules dans l’air, les premières recommandations arrivent : portez un masque dans les lieux publics.

photo voyage corée erwan masque

Je suis de nature peu craintive, mais je décide de porter un masque. Même si je n’ai pas peur, ma famille est inquiète. Il faut donc que je porte un masque sur les photos que je leur partage.

Ma découverte de Séoul prend une autre tournure, j’aurai donc un masque en permanence. Mais ce qui est curieux, c’est qu’ici, personne ne porte de masque, comme si personne ne prêtait attention au virus, fraîchement nommé coronavirus. Même Inès, mon amie française qui vit à Séoul, ne porte pas de masque et ne semble pas effrayée par ce nouveau virus.

Je pense que cela est dû aux nombreuses informations qui s’accumulent sur notre groupe de classe. Gangbei ne parle plus que du nouveau coronavirus. Mais la panique monte et c’est la vague de départs qui commence. Nous sommes le 27 janvier et Anne et Marina ouvrent le bal. 36 heures après être rentrée du Japon, elles reprennent l’avion pour la France.

Le début de l’exode coronavirus

Je suis toujours à Séoul et mon voyage se termine. Il est temps de rentrer à Shanghai et de se poser en attendant que la situation évolue.

Sans nouvelles de notre administration pour nous encadrer ou simplement nous rassurer, le petit groupe de 4-5 départs devient rapidement une demi-promo.

Le 28 janvier, c’est notre dernière soirée au Barbarian. On profite d’un dernier Moscow Mule entre amis pour se changer les idées. Mais demain, beaucoup d’entre nous quitteront l’aventure.

meme kohlanta koh rona lanta shanghai
Certains ne perdent pas le sens de l’humour

Les premiers mails officiels et construits arrivent. Pour beaucoup, le retour en France sera définitif. Et ce constat me ruine le moral. C’est certain, notre promo explose et c’est la fin de la tribu Gangbei. Tout s’est passé si vite ! Nous n’avons même pas eu le temps de dire au revoir à certains.

promo gangbei début d'année

Un sentiment d’amer regret m’envahit. J’aime cette classe, mais ce ne sera plus pareil et je ne peux rien y faire.

Mais je suis décidé ! Depuis quelques années, j’ai prévu de rester en Chine, je veux travailler et vivre ici, et ce n’est pas un coronavirus moins dangereux que la grippe qui me fera changer d’avis ! (Cette comparaison est ridicule, mais elle me rassure)

Les jours passent, et Gangbei s’amincit. Nous ne sommes plus que 10 désormais. Et c’est la saison des « pillages d’appartements » et de « l’Age d’or » qui commence. Avec les départs précipités, nos amis ont beaucoup de victuailles à offrir. Chacun fait profiter les derniers survivants de ce qu’il ne pourra rapporter.

On remerciera donc Allan et Alexandre, aka Capitaine Pirate, pour leur appartement rempli de trésors. Puis Cécile, Clémence et Capucine pour leurs sucreries, Christilla et Elossandra pour leurs mueslis, et bien d’autres… Merci les gars, vous nous avez régalé.

La période de doute

Beaucoup de mes amis sont partis et je commence à me poser des questions : Que faire ? Rester ici, suivre les cours en visio, ou rentrer à Paris avec des cours physiques ?

Rentrer ? Jamais.

Je prends donc la décision de rester et suivre les cours depuis mon appartement. C’est alors que 2 semaines de flottement interviennent. Les cours sont décalés à cause de la crise coronavirus et je suis donc seul, chez moi, sans rien avoir à faire. Je me sens isolé. Les journées sont longues, je tourne en rond dans mon 5 m² et mes colocs sont partis. Au bout de 3 jours, je commence à parler tout seul.

Mon moral est au plus bas. Cela fait seulement quelques jours et je m’ennuie déjà comme un rat mort. Mes journées se ressemblent : Eat, Sleep, Repeat. Je ne sais même plus quel jour nous sommes et je me laisse lentement dépérir… C’est évident, il ne se passera plus rien ici. Et nous ne sommes plus que 4 désormais.

Peut-être que je ferais mieux de changer d’avis, et rentrer en France. Rien n’évolue, le coronavirus persiste et de plus en plus de monde rentre en Europe. Je suis obstiné, mais il faut savoir lâcher prise. Qu’est-ce que je vais y gagner ? Des loyers à payer en plus et une dépression ? C’est décidé. Je vais rentrer.

Je n’en parle que très peu à mes amis présents car je n’ai pas envie de leur miner le moral. Mais ils sentent que je suis vacillant. Puis, je décide de voir le problème avec un autre angle. Rester en Chine et vivre la crise nCovid-19 sur place est une expérience mémorable. Et puis, est-ce que j’ai vraiment envie de finir mon année en France, avec ce goût de déception en sachant que je ne me serai pas battu ?

Le retour de l’optimisme

Non, je commence à penser différemment et je ne suis pas le seul. Ondine et Fanny aussi sont des battantes qui veulent rester à Shanghai et profiter de cette expérience unique.

Puis, rappelle-toi, 5 mois plutôt, en revenant à Shanghai, tu t’étais senti « chez toi ». C’est ici que tu es bien et c’est ici que tu dois être. Pas question de laisser tomber pour une bronchite un peu méchante.

Ça y est, ma motivation est de retour ! C’est l’heure de réfléchir. Ok t’es plus ou moins bloqué. Et alors ? Tu vas te laisser dépérir ? Super idée Champion…. Non c’est le moment de te sortir les doigts. Tu as du temps pour tes projets perso.

Alors rentabilise le.

podcast tac logo

Tes cours sont prévus à partir de 15h ? Parfait ! Tu as donc de 7h à 15h juste pour toi. Ça te fait 2 jours en une journée. C’est génial, j’avais besoin de ce temps.
Je lance alors mon podcast. J’y pensais depuis des mois. Merci nCovid-19, tu m’offres le temps dont j’ai besoin. Chaque semaine, je sors donc un épisode, je suis même plus régulier que ce que j’envisageais.

Ensuite, tu flétris dans ta chambre avec ta malbouffe et Eleme ne monte plus jusqu’au 17ème étage ? Super ! C’est le moment de renfiler ton tablier et de repasser derrière les fourneaux. Banane Pancake, crêpes, petits plats, légumes, riz sauté, le Chef est de retour.

Et tant que t’y es, tu sais ce qui serais bien aussi ? Le sport. Tu t’es plaint pendant 4 mois de pas avoir le temps de te dépenser. Maintenant, le temps c’est tout ce que tu as. Tu n’as pas de salle ? Ok, rassemble les survivants et crée ton propre FitFam ! Et voilà, tous les 2 jours, à 8h du matin, c’est Jogging avec Fanny et Ondine. Nous sommes les 3 derniers Gangbei. Il nous reste aussi Sarah, mais la princesse est enfermée dans son Donjon…

C’est comme ça qu’une petite routine hyper active et vertueuse s’installe.

  • 7h : Réveil
  • 8h : Jogging
  • 10h : Arrivée au travail
  • 15h : Cours en ligne
  • 20h : Diner, détente et série.

Et le lendemain, on rempile ! Mes journées sont occupées et denses. Parfois, j’ai l’impression de vivre 3 vies.

Finalement, je suis content.

Et, bien que la ville soit vide, c’est un bonheur. Un soir, sur mon scooter, le visage au vent, je réalise que je ne me suis pas senti aussi heureux dans ma vie depuis longtemps ! Quand tu réalises ça, c’est un sentiment d’euphorie tellement pur qui t’envahit.

Plusieurs semaines sont passées depuis le début du Coronavirus, nous sommes maintenant le 27 février. Nous apprenons alors que le campus ne rouvrira pas avant la fin de l’année scolaire. Au départ, c’est un coup au moral, mais finalement, tu aimes bien les cours à distance. En plus, ça t’offre la possibilité de voyager en suivant tes cours. On prend alors la décision d’aller en Malaisie, on attend juste le retour de Sophie pour prendre nos billets.

Quelques jours plus tard, le 1er Mars, le coup de grâce est porté. « Les stages sont annulés en Chine à cause du coronavirus ». Je ne pourrais donc pas rester ici, peu importe la situation.

Retour à la réalité

C’est la fin de l’histoire. Je me résigne. Je ferai mon stage dans un autre pays. C’est un coup au moral très fort au départ, mais je ne suis pas triste pour autant. Cette épreuve fera de bons souvenirs, une expérience incroyable et unique que je pourrais raconter.

Et j’ai aussi beaucoup appris sur moi. D’accord, je voulais rester et vivre ici depuis un moment, mais je m’adapte très bien aux imprévus et les plans sont fait pour évoluer.

Honnêtement, je n’ai jamais été très bon pour me projeter, mais quelque chose me dit que Shanghai, nous nous reverrons.

PS: Je vais peut-être rester ici encore un peu… Courage à vous !


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